Après des années de technologie à outrance le low-tech commence enfin à prendre son envol. Oui mais, faut-il vraiment préférer les outils manuels ?
– Introduction :
Bon, est-ce que le tout manuel n’est pas devenu l’idéologie du moment. En tant que grand amateur d’outils anciens j’ai fini par me poser cette question à force de voir passer des vidéos et articles toujours plus engagés avec parfois des raccourcis un peu trop simplistes.
En l’état j’ai entretenu jusqu’à 40 hectares avec des outils manuels. J’aime bien les outils traditionnels mais j’aime encore plus les astuces.

– Cas concret low-tech vs high-tech :
Il s’agit de l’exemple fallacieux qui m’a conduit à écrire cet article. Les légendaires vidéos de démonstration « faux vs débroussailleuse »…
Une faux est un outil formidable destinée à couper une végétation assez fine sur un terrain non accidenté. L’objet en action empreinte un geste d’une grande élégance. Pour une végétation un peu plus grossière on utilisera le fauchon.
La débroussailleuse, elle, est un outil pour débroussailler, logique. La véritable alternative motorisée à la faux n’est pas la débroussailleuse mais la motofaucheuse ou le tracteur avec barre de coupe. Evidemment, la barre de coupe se révèlera beaucoup plus efficace que la faux à l’usage. (Pour le trèfle des lapins prenez quand même une faux).
Bien entendu on pourrait aussi faire un comparatif faux vs débroussailleuse dans une friche forestière au lieu d’un pré, terrain d’utilisation de la débroussailleuse. Là après avoir planté le fauchon dans deux ou trois souches, le comparatif s’arrête rapidement.

– L’idéologie low-tech :
J’aime énormément la rusticité des objets manuels mais il y a parfois des limites. Quand j’ai commencé à m’intéresser à l’autonomie alimentaire, je me suis bien entendu tourné vers le jardinage biologique. Et la figure imposée du jardin bio c’est la grelinette. Le hasard a voulu que le sol de mon terrain soit composé en grande partie de gore. C’est un sable issu du granit extrêmement dense. Tellement que lorsque le camion grue m’a livré mon container ses béquilles de stabilisation n’ont pas laissé de marque dans le sol.

N’imaginez pas planter un piquet à la main, la tarière aussi calera, il faut un perfo! Alors travailler le sol avec une grelinette… C’est grâce à cette difficulté initiale que je me suis dit qu’il fallait penser beaucoup plus large.
– La théorie de l’apex :
Bon vous l’aurez compris, j’aime pas les solutions toutes faites. Par contre j’adore les détournements d’objets et l’audace.
La théorie de l’apex c’est assez simple. Un apex par définition est un sommet. L’idée consiste à trouver le « sommet technologique » correspondant à une problématique avec des considérations pragmatiques, économiques, écologiques et pratiques.

Je ne raisonne donc pas en terme d’outils mais de problèmes. Il y a une action à effectuer et je dois trouver un moyen d’y parvenir avec la créativité la plus large possible.
Alors, pour couper de l’herbe faut-il une faux ou une tondeuse ? Perdu ! Deux moutons ! Vous pouvez faire autre chose pendant que la tonte s’effectue toute seule !
– Le diesel parce que c’est cool !
Chez nous on utilise du diesel, et du vieux diesel en plus ! Les tracteurs anciens constituent une alternative low-tech formidable et en plus vous faites de l’upcycling ! Ils sont petits, encore légers, sans obsolescence programmée et les versions diesel sont compatibles huile alimentaire usagée.

Vous allez me dire que le tracteur est cher bien entendu. Ben celui de la photo à coûté 200€. Généralement on vous donne la barre de coupe parce que les gens n’en veulent plus. La difficulté c’est surtout que beaucoup de ces petits bolides sont restés à pourrir dehors où sont partis à la ferraille. Une machine d’une utilité inestimable si comme moi vous devez gérer des espaces assez grands.
– Et le temps dans tout ça :
C’est vrai que les personnes qui assurent la promotion du low-tech vivent souvent de la vente d’outils ou de formations. Qu’en est-il de la personne qui fait 3 heures par jour dans les transports pour aller au travail. On a pas tous la chance d’avoir du temps ou de vivre à la campagne.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut baisser les bras, analysez la problématique à la manière de l’apex, sans idées reçues. Détournez un objet simple, pas cher ou que vous possédez déjà. Amusez-vous de vos trouvailles et astuces. Si c’est stupide mais que ça marche alors ce n’est pas stupide !
– Le paradoxe de l’outil low-tech high-tech :
Une scie est un objet low-tech, pourtant à l’aide des dernières technologies en matière de métallurgie on peut aussi le décrire comme high-tech. Je vois parfois des comparatifs un peu clivant entre les scies traditionnelles et japonaises modernes sur la toile. J’aime la beauté du passe-partout en compétition de coupe Timber Sports. Mais soyons sérieux sans une musculature et une technique adéquate la scie traditionnelle atteint vite ses limites là où une version moderne permettra à un enfant de couper une bille de bois sans compétences particulières.

La tradition n’est pas toujours gage d’efficacité et il en va de même pour la modernité.
– Pour aller plus loin :
– la Frontière, outils manuels : https://la-frontiere.fr
– Les scies japonaise Silky : https://silkysaws.com
– Oleo-mac, motoculture moderne mais rustique : https://www.oleomac.fr
– Faire son bois de chauffage à la main : https://lacabanefieutee.com/bois-de-chauffage-sans-tronconneuse/
– Découvrir les machines à coudre anciennes : https://lacabanefieutee.com/utiliser-machine-a-coudre-vintage/


